Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

L'impossibilité d'atteindre la matière sans la forme

Matiere-forme.jpgConscient, il n’est pas naturel de se laisser aller à la sensation. Sentant, j’anticipe. Je fais de ce que mes sens reçoivent une représentation. J’aménage mentalement le réel. La perception est ainsi la sensation dont se saisit l’entendement pour figurer le monde, lui donner forme. Cette représentation est inhérente à la pensée. Pour approcher la chose brute, il faudrait ne plus penser, « penser sans penser en quelque sorte » comme l’écrivait Alain[1]. Mais à quoi bon une approche s’il nous est impossible ensuite de la restituer ? Sans penser, sans anticipation, l’expérience semble interdite. La sensation, si elle est indépendante de la conscience et si elle le reste, est une partie du monde qui me touche tout en m’échappant. A moins que ces émanations du réel ne flirtent avec l’inconscient pour ensuite se dissiper à l’état conscient, mais plus tard, sans rapprochement aucun, et alors j’aurais le sentiment de ne pas comprendre ce qui m’arrive. Mystère donc de ce que l’on peut appeler la chose en soi, c’est-à-dire l’objet qui existe sans être visé par la conscience, objet indépendant de toute interprétation. Que notre attention se porte sur lui et le voici immédiatement dépouillé d’une partie de sa réalité. Dans la chose perçue, on y met de soi. Quant à son état brut, comment l’exprimer sans le penser ? Voilà qu’il semble impossible d’atteindre la matière sans la forme.

 

[1] Alain – Eléments de philosophie – Chapitre V – De la sensation

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

DéfiTexte 10/11/2011 05:43


Vous dites : «Conscient, il n’est pas naturel de se laisser aller à la sensation. Sentant, j’anticipe». Je trouve en effet très intéressant de remarquer qu'il y a, en matière de perception : la
nécessité naturelle d'utiliser ce que l'évolution des espèces nous a fourni, la conscience en plus de la sensation, tandis que «Conscient, il n’est pas naturel de se laisser aller à la sensation» :
en quelque sorte, de redescendre. 
Derrière la conscience, le mystère kantien de la chose en soi inaccessible parce que nécessairement immédiatement transformée par la conscience. Alors, «il semble impossible d’atteindre la matière
sans la forme» : sans l'action d'une fonction, sans que je participe.
À moins, Parménide contre Kant, que la matière se place en périphérie visuelle dans une sorte de non-être, d'inconscient : notion de chose en soi «qui existe sans être visé par la conscience», dans
l'inconscient périphérique du coin de l'oeil, qui, lui, n'est plus un arrière-monde. Vous le dites : Il est immédiatement accessible par le flirt, je n'ai pas besoin de m'en rapprocher, ni de
comprendre, je l'aperçois toujours un peu, il suffit de le regarder pour le dissiper.