Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

Extrait de La généalogie de la morale - Nietzsche - L'homme préfère encore vouloir le rien plutôt que de ne rien vouloir

Genealogie-de-la-morale.jpgSi l’on supprime l’idéal ascétique : l’homme, l’animal-homme n’avait donc jusqu’ici aucun sens. Son existence sur terre n’impliquait aucun but : « L’homme, pourquoi ? » - était une question sans réponse ; la volonté manquait pour le fait de l’homme sur terre ; derrière toute grande destinée humaine retentissait comme un refrain le glas encore plus alourdi : « En vain ! » C’est précisément ce que signifie l’idéal ascétique : qu’il manquait quelque chose, que l’homme était entouré d’une lacune immense, - il ne pouvait pas se justifier lui-même, s’expliquer lui-même, s’affirmer lui-même, il souffrait du problème de son sens. Il souffrait aussi d’autres maux, il était pour l’essentiel un animal maladif : mais la souffrance-même n’était pas son problème, son problème était l’absence de réponse au cri d’interrogation : « La souffrance, pourquoi ? » L’homme, l’animal le plus courageux et le plus exercé à souffrir, ne refuse pas la souffrance ; il la veut, il la cherche même, pourvu qu’on lui montre le sens, le pourquoi de la souffrance. L’absurdité de la souffrance, non pas la souffrance, est la malédiction qui a pesé jusqu’à présent sur l’humanité, - et l’idéal ascétique lui offrait un sens ! Ce fut jusqu’à présent le seul sens, un sens quelconque vaut mieux que pas de sens du tout : l’idéal ascétique fut sous tous les rapports le « faute de mieux » par excellence qu’il y eût jamais. En lui se trouvait interprétée la souffrance ; le vide immense semblait comblé ; la porte se fermait devant tout nihilisme autodestructeur. L’interprétation – sans aucun doute –annonçait une souffrance nouvelle, une souffrance plus profonde, plus intime, plus venimeuse, plus corrosive de la vie : elle mettait toute souffrance dans la perspective de la faute…Malgré tout – l’homme était sauvé par elle, il avait un sens, il n’était plus dès lors la feuille au vent, le jouet de l’absurde, de la privation de sens, il pouvait désormais vouloir quelque chose, - peu importait d’abord ce qu’il voulait, pourquoi et comment : l’homme lui-même était sauvé. On peut difficilement se dissimuler ce qu’exprime tout ce vouloir qu’a reçu son orientation de l’idéal ascétique : cette haine de l’humain, plus encore de l’animalité, plus encore de la matérialité, cette phobie des sens, de la raison même, cette peur du bonheur et de la beauté, ce désir de se soustraire à l’apparence, au changement, au devenir, à la mort, à la volonté, au désir même – tout cela signifie, osons l’admettre, une volonté de néant, un dégoût de la vie, un refus des présuppositions fondamentales de la vie, mais c’est encore et cela demeure une volonté !... Et, pour répéter en conclusion ce que je disais en introduction : l’homme préfère encore vouloir le rien plutôt que de ne rien vouloir…

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article