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Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

J'ai la mémoire qui flanche, je me souviens plus très bien...

Memoire--2-.jpgEt si l’on oubliait tout ! Voilà une proposition que l’on énonce parfois, surtout à propos d’un évènement qui nous a été défavorable, dans une relation amoureuse par exemple. On peut souhaiter vouloir effacer de sa mémoire ce que l’autre nous a fait, ou dit, car l’on sait très bien que les choses ne seront plus jamais les mêmes après ses mots ou ses actes. Mais cela n’est guère possible. Ce qui nous marque fortement s’inscrit irrémédiablement en nous. Et inversement, tout ce que nous sommes amenés à rencontrer, dire, voir, observer, écouter, lire, écrire, ne s’écrit pas d’une encre indélébile dans notre esprit. L’oubli, à la différence du pardon, ne se commande pas. Il repose sur des dispositions mémorielles qui noue échappent.

 

Qu’est-ce qui donc caractérise la mémoire ? La science nous apprend qu’elle existe sous plusieurs formes :

- la mémoire perceptive, s’appuyant sur nos sens, et qui nous permet d’identifier notre environnement ;

- la mémoire de travail, destinée à capter et retenir de l’information nécessaire à la réalisation d’une tâche ;

- la mémoire procédurale dans laquelle sont inscrites des façons de faire, à l’origine complexes, et qui deviennent automatiques, instinctifs, comme faire du vélo par exemple ;

- la mémoire déclarative, où sont enregistrés les savoirs et les souvenirs personnels ;

- la mémoire prospective, qui englobe ce que nous avons prévu de faire.

 

La mémoire est donc un processus complexe, une combinaison de modalités de rétention d’informations, qui interagissent pour que l’homme soit en mesure de vivre. Imaginons que nous ne retenions rien du passé, lointain et immédiat ; nous serions alors incapables de prendre une quelconque décision, de faire des choix, d’exister. Et inversement, si nous n’étions pas disposés à oublier, la vie serait invivable. Nous serions paralysés par une infinité d’informations sans objet quant à notre existence personnelle. Ansi, l’être humain dispose d’un système de filtre. Ou autrement dit, la mémoire est sélective. Ce qui n’est pas éliminé constitue les souvenirs. Je me souviens de cette robe que tu portais ce matin-là, tout comme le fait que la prise de la Bastille ait eu lieu le 14 juillet 1789. Ce qui cependant diffère quant au souvenir, c’est la charge émotionnelle. Si je me souviens très bien de cette robe, alors qu’il ne s’agit à priori que d’un détail comparé à un fait historique d’une importance capitale, c’est parce que son souvenir est associé à une charge émotionnelle forte. Je me souviens très bien de cette robe que tu portais ce jour-là, car au matin tu m’annonças que dorénavant nous serions plus que deux…Ainsi, l’enregistrement n’est pas seulement l’encodage d’un évènement, ou d’un fait détaillé. La perception de la situation, à un instant donné, s’intègre également dans tout ce qui constitue le souvenir, soit le contexte spatial, temporel, cognitif, comportemental et émotionnel. Tout cependant, nous l'avons dit, n'est pas retenu. Disons qu'une synthèse s'établit, par élimination du superflu, pour construire un objet de connaissance, lequel ensuite est catégorisé pour se stocker dans notre mémoire. Nous perdons certes de l'information au cours de ce processus, mais parallèlement notre vision du réel s'accroît, gagne en cohérence au fur et à mesure que les souvenirs et les savoirs s'accumulent. Et avec cette accumulation, l'expérience se contruit aussi.

La perte d'informations est universelle, elle s'applique à tout être humain. Mais chacun ne conservera pas les mêmes données dans leur ensemble à situation identique. Le tri est singulier, il dépend de ce qui nous importe pour constituer ainsi notre identité. Nous sommes ce que nous serons, mais selon ce que nous fûmes. Le tri est conscient lorsqu'il s'agit d'un apprentissage, mais pour le reste, c'est l'inconscient qui s'en charge.

La mémoire est également un livre qui s'ouvre parfois de façon impromptue. Un souvenir nous assaille sans que nous en ayons la maîtrise, ni même parfois la conscience. Le passé s'imprime aussi au plus profond de nous pour mieux influer sur nos comportements. La douleur par exemple, dont des faits s'en sont imprégnés, peut créer des conflits psychiques. A ce titre, la psychanalyse se charge de mettre en lumière ces alcoves souterraines où s'y sont logées quelques blessures. Il s'agit de faire lire au patient les pages de sa mémoire qui se sont écrites à son insu, pour les connaître et peut-être les corriger. Le souvenir en effet n'est pas un objet inerte. Même si à jamais il est attaché à une situation, son interprétation évolue avec les années. La mémoire est aussi une autobiographie sans cesse réécrite.

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